Décret 5, 7, 8 flux : ce que toute entreprise doit faire en 2026 pour rester en conformité

Cinq flux en 2016, sept en 2021, huit depuis janvier 2025. Le décret de tri à la source des déchets en entreprise s'est étoffé sans toujours faire de bruit. Ce guide remet à plat ce que toute structure produisant des déchets doit savoir et faire en 2026.

Vous avez probablement entendu parler du « décret 5 flux ». Peut-être l'aviez-vous mis en place il y a quelques années. Sauf qu'en 2026, ce décret n'existe plus tout à fait sous cette forme. Il est devenu 7 flux en 2021 avec l'ajout du plâtre et des fractions minérales, puis 8 flux depuis le 1er janvier 2025 avec l'intégration des textiles. Pour beaucoup de TPE et de PME, le réflexe consiste à laisser le sujet entre les mains du prestataire de collecte et à espérer que tout va bien. Sauf qu'en cas de contrôle, c'est bien l'entreprise productrice de déchets qui répond, pas son prestataire.

Ce guide remet à plat la réglementation actuelle, secteur par secteur, sans vous noyer sous le jargon administratif. L'objectif est simple : que vous puissiez à la fin de cette lecture savoir si vous êtes concerné, ce que vous risquez, et par où commencer si vous ne l'êtes pas encore.

Une petite histoire pour comprendre où on en est aujourd'hui

Le point de départ remonte au décret du 10 mars 2016, qui obligeait les entreprises à trier à la source cinq familles de déchets : papier-carton, métal, plastique, verre et bois. C'est ce texte qu'on a longtemps appelé le « décret 5 flux » et qui structure encore l'imaginaire collectif sur le sujet.

En juillet 2021, un nouveau décret est venu compléter cette obligation. Pour le secteur de la construction et de la démolition spécifiquement, deux flux supplémentaires sont apparus : la fraction minérale (béton, briques, tuiles, céramiques) et le plâtre. Ce qu'on appelle aujourd'hui le « décret 7 flux ».

Puis, depuis le 1er janvier 2025, les déchets textiles ont rejoint la liste pour devenir le « décret 8 flux ». Les vêtements professionnels usagés, le linge utilisé dans l'hôtellerie ou la santé, les uniformes réformés entrent désormais dans le périmètre. Cette extension touche directement les secteurs CHR, médical, industriel et toutes les entreprises qui équipent leurs salariés en tenues de travail.

À cela s'ajoute, depuis le 1er janvier 2024, l'obligation de tri à la source des biodéchets pour tous les producteurs sans exception, indépendamment du volume produit. Si l'on additionne tout, on parle aujourd'hui d'un dispositif à neuf familles de déchets pour les entreprises produisant à la fois des déchets « classiques » et des biodéchets.

Qui est concerné, vraiment

C'est la question qui revient le plus souvent. La règle a évolué et reste mal connue.

Pour le tri des déchets dits non dangereux (les sept premiers flux), l'obligation s'applique à toute entreprise dont les déchets sont collectés par un prestataire privé. Si la collecte passe par le service public, le seuil de déclenchement est de 1 100 litres de déchets produits par semaine. Mais depuis 2018, toute structure de plus de 20 personnes est concernée, même en dessous de ce seuil. Autrement dit, la quasi-totalité des entreprises est aujourd'hui dans le périmètre.

Pour le textile, l'obligation depuis janvier 2025 s'applique sans seuil à tout producteur de déchets textiles professionnels. Une PME qui réforme une fois par an les uniformes de ses dix salariés est concernée au même titre qu'un groupe hôtelier qui renouvelle son linge par tonnes.

Pour les biodéchets, c'est encore plus simple : depuis le 1er janvier 2024, l'obligation est universelle. Que vous produisiez 50 kilos par an ou 500 tonnes, vous devez organiser le tri.

Les seuls détenteurs explicitement exclus restent les ménages et les collectivités territoriales pour leurs déchets non liés à une activité économique. Ce qui veut dire qu'une mairie reste concernée pour les déchets produits par ses propres services administratifs.

Ce que vous devez concrètement mettre en place

L'obligation ne se limite pas à acheter quelques poubelles colorées et à les disposer dans les couloirs. Le décret impose plusieurs niveaux d'action que voici dans l'ordre logique de mise en œuvre.

Le tri à la source. Chaque flux doit être séparé dès sa production, là où le déchet est généré. Cela signifie disposer de contenants distincts à chaque endroit où le déchet apparaît. Une seule poubelle de tri à l'accueil ne suffit pas si vos salariés produisent du papier dans dix bureaux. La granularité doit suivre la réalité de votre activité.

La collecte séparée. Les flux triés ne doivent pas être remélangés au moment de la collecte. Un prestataire qui charge dans un même camion ce que vous avez péniblement séparé annule votre conformité. Il faut donc choisir un opérateur qui dispose de circuits de collecte distincts et qui peut le prouver. Le décret tolère cependant la collecte conjointe de certains flux (sauf le plâtre) à condition que la valorisation finale présente une efficacité comparable à celle d'une collecte séparée. Cette dérogation, encadrée, doit être contractualisée et tracée.

L'attestation annuelle de valorisation. C'est probablement le document le plus important à exiger de votre prestataire. Chaque année, il doit vous fournir une attestation indiquant la nature des déchets collectés, leur quantité, et leur lieu de valorisation finale. Sans ce document, vous ne pouvez pas prouver votre conformité en cas de contrôle. Il est délivré chaque 31 mars pour l'année écoulée. Si votre prestataire actuel ne vous l'envoie pas spontanément, c'est un signal qu'il faut creuser.

La traçabilité étendue pour certains flux. Pour les déchets dangereux et certains flux spécifiques, l'inscription sur la plateforme Trackdéchets est obligatoire depuis 2022. Chaque mouvement de déchet est tracé par un bordereau dématérialisé, du producteur jusqu'au centre de traitement final. Si vos archives confidentielles, vos DEEE ou vos déchets dangereux ne passent pas par cette plateforme, vous êtes en infraction.

Le cas particulier des déchets confidentiels et des DEEE

Beaucoup d'entreprises focalisent leur attention sur les flux les plus visibles, les cartons et les bouteilles plastiques par exemple, et oublient deux familles qui posent à la fois un enjeu de conformité et un enjeu de sécurité.

Les archives papier confidentielles relèvent à la fois de l'obligation papier du décret 8 flux et des exigences RGPD. Les jeter dans la benne papier classique, sans destruction préalable, vous expose à deux risques distincts. D'un côté, la responsabilité de producteur de déchets non conforme. De l'autre, une violation potentielle du RGPD si les documents contiennent des données personnelles ou clients. Une destruction d'archives sécurisée et certifiée répond aux deux obligations en une seule prestation.

Les équipements électriques et électroniques (DEEE) suivent une logique similaire avec leur propre filière REP. Ordinateurs, téléphones, imprimantes, écrans réformés ne peuvent pas rejoindre le flux métal du tri 8 flux. Ils doivent être traités via une filière DEEE dédiée qui garantit à la fois la dépollution des composants dangereux et, sur les supports de stockage, la destruction des données.

Les sanctions encourues

C'est souvent ce qui motive l'action. Les sanctions prévues par le Code de l'environnement ne sont pas symboliques.

Sur le plan administratif, le non-respect du décret peut entraîner une amende allant jusqu'à 150 000 euros. Sur le plan pénal, les manquements peuvent être qualifiés en infraction passible de deux ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende.

À ces sanctions de fond s'ajoute une amende spécifique en cas de manquement à l'obligation de tri 7 flux, calculée au volume : jusqu'à 1 500 euros par tonne pour une personne physique, 7 500 euros par tonne pour une personne morale. Pour une PME qui produit ne serait-ce que cinq tonnes de papier par an non triées, l'addition peut grimper rapidement.

Ces sanctions restent rares dans les faits, mais le mouvement s'accélère. Le préfet ou l'autorité administrative compétente peut désormais demander à tout producteur la réalisation d'un audit par un tiers indépendant pour attester du respect des obligations 7 flux, des biodéchets et, depuis 2025, des textiles. Les contrôles montent en puissance, particulièrement dans les zones urbaines denses comme Marseille où la pression sur les déchèteries professionnelles s'intensifie.

Comment se mettre en conformité sans tout reconstruire

Pour une entreprise qui découvre l'étendue de ses obligations, l'inventaire peut donner le vertige. Voici une trame d'action pragmatique qui fonctionne pour la plupart des structures.

La première étape consiste à faire le diagnostic de vos flux actuels. Quels types de déchets produisez-vous, en quelles quantités, dans quels espaces de votre site ? Cette cartographie n'a pas besoin d'être exhaustive au gramme près, mais elle doit identifier les volumes principaux et les zones de production. Une journée d'observation suffit souvent dans une PME classique.

Ensuite, recensez vos contrats actuels. Qui collecte quoi, à quelle fréquence, contre quelle attestation ? Si certains flux n'ont pas de filière identifiée (souvent le polystyrène, les DEEE, les archives), c'est là que se trouvent vos angles morts. Ce sont aussi vos zones de risque réglementaire.

Adaptez ensuite votre dispositif physique. Multipliez les points de collecte aux endroits où les déchets apparaissent réellement. Une signalétique claire et identique partout dans votre site multiplie les bons gestes. Un seul îlot de tri central, mal placé, condamne le système.

Formez vos équipes, même rapidement. Le décret repose sur un comportement humain quotidien. Une note de service expliquant les enjeux et les bons gestes en cinq minutes change radicalement les résultats. Les entreprises qui réussissent leur tri sont celles qui en ont fait un sujet partagé, pas un problème délégué aux services généraux.

Enfin, exigez vos attestations annuelles de chaque prestataire. C'est votre seul document opposable en cas de contrôle. Si un opérateur peine à vous le fournir, c'est qu'il n'a probablement pas la capacité à tracer vos déchets jusqu'à leur valorisation finale.

Anticipez plutôt que subir

Les évolutions réglementaires des dix dernières années dessinent une trajectoire claire : le périmètre s'élargit, les seuils baissent, les sanctions se durcissent et les contrôles se renforcent. Toutes les entreprises seront concernées par toutes les obligations à très court terme. Les structures qui ont anticipé et organisé leur tri en amont gagnent du temps, sécurisent leur conformité et économisent sur leurs coûts de traitement, puisque les flux valorisés coûtent moins cher que le tout-venant.

L'audit déchets en entreprise reste le meilleur point de départ pour qui veut structurer sa démarche sans s'éparpiller. Il pose les bases factuelles sur lesquelles construire un dispositif réellement adapté à votre activité, plutôt que d'empiler les contenants sans logique.

Et vous, où en êtes-vous de votre conformité 8 flux ?

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